Des recettes de chefs testées par Gaëtan le gourmand…
Il y a tout juste un an j’emmenais MaDame dîner pour nos 15 ans de mariage, un dîner un peu particulier, dans les superbes cuisines du Ritz à « La Table du Chef ».
Dîner surprise pour MaDame, sachant juste qu’il fallait bien s’habiller, que nous serions seuls, mais avec du monde autour, pas un spectacle, mais du spectacle quand même, dans un endroit chic, mais moins chic que le reste de l’endroit…. enfin bref, j’ai bien brouillé les pistes!!!!

L’aventure commence en décembre par un coup de fil au Ritz pour réserver, et oui on ne déboule pas au Ritz en demandant à manger dans les cuisines, il n’y a qu’une table, ce n’est pas toute l’année, et seulement une semaine par mois.
Le planning n’est pas encore prêt, rappeler en février. J’appelle en février, planning fait, date réservée, confirmation par email reçue, chèque envoyé.
Et oui, on paye d’avance. Sûrement pour éviter les poseurs de lapin, mais surtout pour avoir le plaisir de passer un moment d’exception sans considération financière en fin de repas. L’impression de sortir sans payer et pour les mythomanes flambeurs la possibilité de dire qu’ils connaissent bien le patron et que c’était cadeau !!!
En parlant d’argent, parlons-en. La petite surprise à un coût, non- négligeable, c’était bien la première fois que je mettait autant d’argent pour un repas, tout compris quand même, 1 bouteille de champagne pour 2.
Petite appréhension sur le rapport plaisir/coût qui s’effacera finalement dès les portes du palace franchies.
Voiture propre, petite Modus de Renault, nous voilà partis direction place Vendôme.
Dans ma tête tout était préparé : arrivée par la rue de la Paix, je tourne à droite, à gauche, je stoppe devant le Ritz, je regarde MaDame histoire de voir sa tête incrédule (les palaces ce n’est pas notre quotidien!), le voiturier s’avance, ouvre la porte de MaDame, je donne les clés de la Modus et nous entrons par le tapis rouge.
Ça c’était dans mes rêves et la visite du premier ministre Turc en décida autrement !!!!
Des policiers à chaque carrefour aurait du me mettre la puce à l’oreille. Arrivé à l’entrée de la rue de la Paix nous voilà détournés un peu plus loin dans une rue adjacente. Bouchons, et au loin on aperçoit tout un cortège de voitures noires filer direction place Vendôme. Ça se débouche, on avance et au moment de tourner à gauche vers la place Vendôme un policier nous demande de continuer droit devant, pas question de passer, le cortège de voitures noires occupe la place Vendôme, jusqu’au Ritz !!!
Ils ne vont pas me pourrir ma soirée quand même !!!!

Place Vendôme - le Ritz en fond - Dimitri Destugues
Là je suis obligé de vendre la mèche, je vais manger au Ritz, et je dois passer!!! J’ai une bonne tête, une Modus ça ne fait pas voiture de terroriste, on nous laisse nous garer juste à l’entrée de la place Vendôme en nous demandant d’attendre que le cortège s’en aille. Ouf !
Seulement cette petite voiture qui attend si près du cortège ça agite 2 CRS qui nous demandent d’aller nous garer dans le parking souterrain et de ne pas rester là. Euh, je ne viens pas Dîner au Ritz pour me garer dans un parking souterrain, fût-il place Vendôme !!!
Voilà l’occasion de tester les services du Palace. Coup de fil au Ritz qui n’est plus qu’a deux cents mètres à peine, on me passe le voiturier, il demande où nous sommes : « J’ arrive »!! Si tu ne peux venir au Palace, le Palace vient à toi !!!!
Le voiturier, dans son joli costume, manque de ne pas nous voir, tout occupé à chercher une Mercedes, Bentley ou autre voiture de luxe, sûrement pas notre petite Modus !!!! Il nous souhaite un bon cours de cuisine ?? C’est vrai qu’il y a une école de cuisine au Ritz, en y repensant je pense que c’était de l’humour, et voilà MaDame qui s’imagine aller suivre un cour de cuisine, je déments !!!!
Débarrassés des contingences matériels nous voilà partis à travers le service d’ordre, la police est partout, des turcs en pagaille, on passe au milieu de toute cette agitation !!!
A la réception accueil chaleureux malgré l’agitation ambiante, on nous indique le restaurant, long cheminement sur une moquette épaisse, ambiance château, dorures. Arrivée au restaurant, le vestiaire.
Accompagnés, nous traversons le restaurant, passons une porte dérobée, quittons la moquette pour une ambiance carrelage, quelconque, empruntons un petit escalier qui débouche sur les cuisines du Ritz, un espace lumineux, des faïences magnifiques, pleines de couleurs, et au milieu, une table, deux couverts, quelques fleurs, un dressage sobre, c’est notre table, rien que nous deux, pas d’autres clients, un service rien que pour nous avec les cuisiniers à l’œuvre à quelques mètres. A ce moment là je me suis dit que j’avais définitivement fait le bon choix, que nous étions partis pour quelques heures inoubliables. Si avec ça je n’arrive pas à conclure …. !!!
Alors on mange quoi avec tout ça ?
Amuse-bouche
Foie gras de canard
aux coings épicés, en chaud et froid
Sole glacée au fenouil,
coque et févettes à l’huile de citron de Sorrente
Touche sucrée
Crémeux d’ananas à la noix de coco,
émulsion de fruits exotiques
Café et douceurs
Quoi dire. Cuisine classique, bien exécutée et surtout du goût, des goûts, différents à chaque bouchées. Le menu peut paraître simple, mais c’est sans compter sur les petits plus que le chef vous prépare comme ces ravioles d’artichaut, oignons fondants, petites morilles et vin jaune…

Sole glacée au fenouil, coque et févettes à l'huile de citron de Sorrente

Crémeux d'ananas à la noix de coco, émulsion de fruits exotiques
Le dîner à la table des chefs c’est aussi l’occasion d’observer la brigade, la multitude de casseroles, les serveurs/serveuses qui prennent les plats au passe avant de les porter sur des plateaux d’argent d’un poids conséquent en salle via le petit escalier pas bien large par lequel nous sommes arrivés. J’ai soulevé un de ces plateaux pleins, avec 2 assiettes, deux cloches en argent… ça pèse un poids de dingue et ils trimbalent ça comme si de rien n’était.

Le passe c’est l’endroit magique où se tenir entre 2 plats. Passage obligé de toutes les commandes du restaurant, homard, tournedos Rossini, c’est un défilé permanent. Petite touche finale du chef juste avant l’envoi, servi à notre table par le chef « himself ».
Pas beaucoup de photos prises à cette occasion, j’ai privilégié l’instant présent passé avec MaDame, avec mes yeux.


Filet de boeuf Hereford façon Rossini, purée de rattes comme un cappuccino





Aux premières loges pour la réalisation des desserts

Foie gras de canard aux coings épicés, en chaud et froid
Un petit mot sur le chef justement. A l’espadon il y a en fait 2 chefs : le médiatique Michel Roth, Bocuse d’Or et Meilleur Ouvrier de France, chef exécutif, et le chef, celui qui gère réellement les cuisines au jour le jour, Arnaud Faye.

Michel Roth - Arnaud Faye
C’est donc le chef Arnaud Faye qui nous a reçu, nous a expliqué le fonctionnement des différents postes de travail et est venu boire le café tranquillement avec nous enfin de service.
C’est sur qu’Arnaud Faye est un chef moins médiatique que Michel Roth, il œuvre dans l’ombre, mais il n’est pas chef au Ritz par hasard, quelques semaines après notre passage il remportait le premier concours Création et Saveurs présidé par Eric Frechon et maintenant il quitte le Ritz (avril 2010) pour une nouvelle aventure, l’ouverture du Mandarin Oriental nouveau palace parisien, avec le célébrissime Thierry Marx, qui ne doit pas être du genre à s’entourer des plus mauvais !!
Ça va nous faire une adresse de plus pour se faire plaisir !!!
A la réservation je n’avais pas précisé que nous fêtions un anniversaire de mariage, donc rien de spécial de prévu.
Seulement l’ambiance est tellement décontractée que nous discutons tranquillement au poste Pâtisserie, de tout et de rien, mais surtout de bonnes choses et dans la conversation vient le motif de notre visite.
Nous continuons nos discutions avec le pâtissier, homme charmant et amoureux fou de son travail qui nous emmène en petite excursion dans la chocolaterie au travers les coulisses du Ritz, c’est surnaturel, on croit rêver. Deux gamins bouches bées devant un nounours en chocolat de plus d’un mètre !!!!

En visite à la chocolaterie du Ritz
Retour en cuisine en passant par la piscine intérieur, transformé à l’occasion en salle pour les défilés de mode, ça sent le people, le luxe.

La piscine intérieure du Ritz
Fin de repas, dessert pris et là c’est la surprise de voir le chef et une partie de nos serveurs(serveuses) nous apporter un morceau de fraisier, avec une petite bougie.
Au fond, derrière le passe, je vois notre pâtissier sourire, bien content de sa surprise !!! Et il peut, cela rend cette soirée encore plus magique.

Petit gâteau imprévu, tellement beau dans son écrin

En arrière plan, les douceurs servies avec le café
A ce stade du repas nous sommes dans l’impossibilité de manger ce si mignon gâteau, plus faim du tout, mais alors plus du tout, je tente une cuillère et cela ne serait vraiment pas sérieux de finir malade !!!
Je me tape le culot d’aller voir le chef pour lui demander une petite boite pour repartir avec. Quelques minutes après le pâtissier nous présente une jolie boite dorée, ruban au couleur du Ritz, avec dedans une part toute fraîche du fraisier. Le doggy bag version grande classe !!! Tout cela avec le sourire et une vraie volonté de faire plaisir qui s’en dégage.
A regret toutes les bonnes choses ont une fin, enfin presque. Nous repartons avec un guide des grandes tables du monde dédicacé par Arnaud Faye, le menu personnalisé à la date du jour, et notre part de fraisier.
Remonté des escaliers, traversée de la salle du restaurant qui pour le coup parait bien sombre, il y a encore du monde, je préfère la lumière et l’ambiance des cuisines ! Vestiaire.
L’attention portée par tout le personnel ne s’arrête jamais. Nous voyant très encombré avec nos petits souvenirs on nous propose un sac. Pas un Vuitton, mais un joli plastique marron très chic !
Discussion avec le personnel qui s’enquière de savoir si nous sommes content pendant que MaDame profite des commodités.
- Content ? On est simplement sur un petit nuage, on plane gentiment.
- Si on connaît le Ritz ? Pas vraiment.
- Si on est pressé ? Encore moins.
Et nous voilà parti pour un petit tour sous les dorures du palace, visite des salons, le bar Hemingway tenu par Colin Field, plusieurs fois champion du monde des barmen (et oui ça existe!).
Le rêve doit enfin s’achever, derniers papotages avec le concierge, pas envie de partir, la porte à tambour, tapis rouge, la place Vendôme est déserte, ça nous change de tout à l’heure. Le voiturier prend notre ticket, la Modus de MaDame est avancée.
Il est minuit passé, plus de 4 heures d’instants exceptionnels.
On ne dormira pas de la nuit, trop de souvenirs, trop excité, pas comme vous croyez !
Depuis je suis un peu fada de bonne « bouffe », je n’hésite plus à mettre le prix pour un repas, évidement mes finances ne me permettent pas ce genre de fantaisies culinaires au quotidien, alors j’ai pris en main les casseroles, j’apprends à cuisiner sur le tas en essayant des recettes de chefs, celles que vous retrouvez sur ce blog.
Gaëtan le gourmand.
Ajout du 18 octobre 2011 : Le Ritz Paris fermera courant 2012 pour 2 ans de travaux. Il reste peu de temps pour vivre une expérience hors du commun.
menus propos
8 avril 2011 à 17 h 55 min
Un plaisir de lire ton article. Quels souvenirs. Un beau cadeau d’anniversaire de mariage. Je comprends que vous ayez été trop excités pour dormir.
CScrim
9 avril 2011 à 6 h 33 min
Belle soirée et bel article !
Bonne journée.
Christophe
mamina13 ( Mina )
9 avril 2011 à 8 h 56 min
J’ai pris un réel plaisir à lire ce billet et j’ai eu l’impression d’en profiter un peu.
juju
29 septembre 2011 à 22 h 18 min
merci de ce magnifique recit qui m’a rappelé ce moment inoubliable passé moi aussi avec ma femme. je suis ému, merci
et à tous ceux qui peuvent se faire ce plaisir, il vaut mieux cela une fois, que 6 ou 7 fois un restau comme chez clement… rien à voir !
Adeline
10 octobre 2011 à 13 h 52 min
Merci pour ce super article qui fait voyager et rêver…
PAPIN
30 octobre 2011 à 5 h 17 min
Après cet article, on ne rêve que d’une chose, c’est d’y aller, surtout que la cuisine et le vin c’est toute notre vie à moi et mon mari. Mais passons aux choses qui dérangent, ça coûte combien cette petite folie?
Gaëtan le gourmand
30 octobre 2011 à 16 h 57 min
280 € par personnes. Un prix indécent dans un monde où certains ne mangent pas toujours à leur faim. Pour se consoler il faut voir aussi ce qu’il y a derrière ces 280 €.
Un palace comme le Ritz c’est 500 emplois*, des emplois en France, des travailleurs qui payeront des impôts en France, consommeront en France, peut-être des produits made in china mais avec une TVA bien française. Il y a aussi les fournisseurs des produits d’exceptions préparés pour votre plaisir, des poissons péchés à la ligne, pas dans des chaluts géants qui ratissent la mer. Certes sur vos 280 € une partie part à l’étranger dans la poche du propriétaire (Mohamed Al Fayed) mais la plus grand partie repart dans l’économie française, dans les poches de l’état pour au moins 40% par le truchement des impôts et des taxes à tous les niveaux.
De là à dire que manger au Ritz est un geste citoyen, mais vos 280 € dépensés au Ritz seront beaucoup plus profitable à l’économie française que placés sur un livret A !
Une autre façon de relativiser et de comparer cette dépense à une autre, comme par exemple la cigarette. Il y a quelques temps j’étais fumeur. Au moins un paquet par jour, voir plus.
Faisons le calcul sur la base de 5 € le paquet : 5*365 = 1 825 € = 6 repas à la table du chef au Ritz !!!!!! En plus je peux vous assurer que je n’ai aucun souvenir de mes milliers de cigarettes fumées pendant 6 ans, alors que ce repas restera à jamais dans mes souvenirs. C’est devenu une référence.
* Le Ritz fermera au début de l’été 2012 pour 2 ans de travaux, licenciement pour 450 employés.
Christian
6 juillet 2012 à 12 h 01 min
J’ai eu le plaisir (l’honneur ?) de déjeuner cette semaine à L’Espadon, en terrasse : que du bonheur ! L’article suggère des sens qui sont bien au rendez-vous. Le plaisir des yeux, de l’odorat, de la vue, le toucher (eh oui, pour le pain !) et bien entendu du goût. Quant à l’ouïe, et bien, c’est le grand calme !
Bref, avec la rencontre avec Michel Roth et les échanges avec lui, le Lorrain qui a gardé ses origines bien présentes, comme moi, ce repas fut magique.
L’Espadon est une grande table, grâce au Chef mais aussi à l’ensemble du personnel d’un professionalisme exemplaire.
Arnaud Faye
22 décembre 2012 à 16 h 54 min
Cher Gaétan,
Après une ouverture du Mandarin Oriental réussie, je viens d’ouvrir l’Auberge du Jeu de Paume en plein cœur de Chantilly, en tant que Chef Exécutif.
Au plaisir de vous faire découvrir ce magnifique lieu et de vous revoir,
Bien à vous,
Arnaud Faye